
Sur WhatsApp, une note vocale peut semer la panique dans tout Port-au-Prince en moins d'une heure. Une étude menée dans la capitale explique pourquoi : nous faisons davantage confiance à nos proches qu'aux médias, et ce sont nos proches qui transfèrent les messages.

Mars 2020. Les premiers cas de COVID-19 arrivent en Haïti. À Tabarre, des habitants manifestent devant un hôtel où les autorités sanitaires ont placé en quarantaine des passagers venus de la République dominicaine. Aucun de ces passagers n'avait le virus. Ce sont de fausses informations circulant sur les réseaux qui ont jeté les gens dans la rue. C'est l'un des exemples documentés par l'étude d'Internews et Panos Caribbean sur la circulation de l'information — et de la désinformation — à Port-au-Prince.
WhatsApp, la nouvelle radio
La radio reste le principal canal d'information (76 % des répondants), suivie de la télévision (48 %). Mais WhatsApp arrive en troisième position. Parmi les personnes ayant accès à Internet, 92 % utilisent WhatsApp, et 82 % s'en servent pour s'informer. L'argent joue aussi un rôle : 82 % des répondants préféraient recharger leur téléphone plutôt qu'acheter un journal.

Nos proches, première source d'information
Le constat le plus frappant de l'étude : quand on demande aux gens quelle est leur principale source d'information, la famille, les amis et les leaders religieux représentent 89 % des réponses. Et 97 % disent faire confiance à leur famille et à leurs amis. C'est là que réside le danger. Quand un message vient de votre tante ou du groupe de votre église, vous ne vous demandez pas s'il est vrai. L'étude note que la formule « partagé tel que reçu » devient une excuse pour ne rien vérifier. Certains pensent même que plus un message est partagé, plus il est crédible.
Pas seulement le grand public
Le problème ne se limite pas aux simples utilisateurs. Une étude de l'UNESCO a révélé que 62 % des créateurs de contenu dans 45 pays ne vérifient pas une information avant de la partager. Si ceux qui ont une large audience ne vérifient pas, comment attendre de leurs abonnés qu'ils le fassent ? Pour Haïti, cette crise a des conséquences bien réelles. L'étude d'Internews rappelle que, pendant l'épidémie de choléra de 2010, de fausses informations ont conduit à des attaques contre des ambulances et des centres de traitement.
5 réflexes avant d'appuyer sur « Transférer »
- Attendez 10 secondes. Si un message vous fait très peur ou vous met très en colère, c'est un signal pour le vérifier d'abord.
- Cherchez la source. Qui dit cela ? Quel média l'a publié ? Une note vocale anonyme n'est pas une source.
- Vérifiez si les grands médias en parlent. Si une nouvelle importante n'apparaît dans aucun média sérieux, elle est rarement vraie.
- Vérifiez les photos. Une recherche d'image inversée sur Google peut révéler qu'une photo est ancienne ou vient d'un autre pays.
- En cas de doute, ne partagez pas. Le silence ne fait de mal à personne. Une fausse nouvelle, si.
En Haïti, des initiatives de vérification existent, comme T-Check, lancé par l'Association haïtienne des médias en ligne, et Toma.ht, lancé par le Réseau des blogueurs d'Haïti, selon la même étude. HubConnect intègre l'éducation aux médias dans toutes ses formations en création de contenu : savoir produire une belle vidéo ne suffit pas, il faut aussi savoir si ce qu'on dit est vrai.
Pour aller plus loin sur AyiboPost : Les fausses informations peuvent faire autant de victimes que le coronavirus en Haïti (Yvens Rumbold, mars 2020).
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